Pré‑retraite dans la fonction publique : à quel âge partir avant l’âge légal et sous quelles conditions ?

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By Nicolas Godet

Fonctionnaire, vous vous interrogez : à quel âge pouvez-vous partir en pré-retraite ? La limite de 64 ans n’est pas toujours une fatalité. Invalidité, carrière commencée très jeune, handicap ou responsabilités familiales particulières : plusieurs dispositifs ouvrent la porte à un départ bien avant l’âge légal. Ce guide reprend les règles issues de la réforme 2023 (et suivantes) dans un langage accessible, pour vous aider à repérer d’un coup d’œil les options qui pourraient s’appliquer à votre situation.

Pré-retraite : dans quels cas un agent public peut partir plus tôt ?

Dans la fonction publique de l’État, cinq grands dispositifs permettent de quitter avant l’âge légal :

  • Invalidité : départ possible sans condition d’âge si l’inaptitude est définitive.
  • Carrière longue : départ dès 58 ans pour celles et ceux qui ont débuté très tôt et validé suffisamment de trimestres.
  • Parent de trois enfants ou d’un enfant lourdement handicapé : possible sans âge minimal, sous conditions strictes.
  • Infirmité ou maladie incurable (vous ou votre conjoint) : départ à tout âge après 15 ans de services.
  • Handicap avec incapacité permanente ≥ 50 % : départ à partir de 55 ans, si vous totalisez les trimestres requis.

Attention : la durée d’assurance augmente depuis le 1er septembre 2023 pour atteindre progressivement 172 trimestres pour les générations les plus récentes.

Carrière longue : partir plus tôt quand on a commencé jeune

Le dispositif « carrière longue » s’adresse aux agents qui ont cotisé très tôt et longtemps.

Les deux conditions clés

  • Début d’activité précoce : au moins cinq trimestres validés (quatre si naissance en fin d’année) avant :
    • 16 ans → départ possible à 58 ans.
    • 18 ans → départ à 60 ans.
    • 20 ans → départ à 62 ans.
    • 21 ans → départ à 63 ans.
  • Nombre de trimestres cotisés (ou réputés cotisés) variable selon votre année de naissance et l’âge de départ choisi.

Repères de trimestres à valider

  • Né(e) entre le 01/01/1961 et le 31/08/1961 :
    • Départ à 58 ans : 168 trimestres.
    • Départ à 60 ans : 168 trimestres.
  • Né(e) en 1964 :
    • 58 ans : 171 trimestres.
    • 60 ans : 171 trimestres.
    • 60 ans et 6 mois : 171 trimestres.
  • Né(e) à partir de 1965 :
    • Tous les départs anticipés (58, 60, 62 ou 63 ans) exigent 172 trimestres.

Bon à savoir : certains trimestres non travaillés (service national, maladie, maternité, chômage indemnisé, AVPF, AVA…) sont « réputés cotisés », dans des plafonds précis. Et si vous remplissez les critères « carrière longue », pas de décote : la pension est liquidée au taux plein.

Invalidité, infirmité, maladie incurable : un départ possible à tout âge

Retraite anticipée pour invalidité

Si une commission médicale constate votre inaptitude définitive, la retraite peut être prononcée immédiatement :

  • Aucun âge minimum.
  • Pas de durée de services exigée.
  • Pension sans décote.
  • Taux garanti de 50 % du traitement indiciaire en cas d’invalidité d’au moins 60 %.
  • Rente viagère si l’invalidité est imputable au service, majoration possible pour tierce personne.

Infirmité ou maladie incurable (vous ou votre conjoint)

Autre option méconnue : un départ anticipé est envisageable si l’un des conjoints souffre d’une pathologie rendant toute activité impossible :

  • 15 ans de services minimum.
  • Pas de condition d’âge.
  • Reconnaissance par la commission de réforme obligatoire.

Parents de trois enfants ou d’un enfant handicapé : un droit encore existant, mais limité

Parent de trois enfants

Ce dispositif ne subsiste que pour ceux qui avaient déjà rempli les critères au 1er janvier 2012 :

  • Être père ou mère de trois enfants.
  • Avoir au moins 15 ans de services.

Si ces conditions étaient réunies avant 2012, le départ reste possible sans âge plancher, sous réserve d’avoir interrompu ou réduit son activité pour chaque enfant.

Parent d’un enfant handicapé (taux ≥ 80 %)

Pour un enfant atteint d’une infirmité d’au moins 80 % :

  • 15 ans de services exigés.
  • Interruption ou réduction d’activité justifiée.
  • Pas d’âge minimal fixé par la loi.

Les enfants du conjoint, recueillis ou sous tutelle peuvent être pris en compte s’ils ont été élevés au moins 9 ans avant 16 ou 20 ans selon les cas.

Handicap : départ possible dès 55 ans avec une incapacité permanente de 50 % ou plus

Pour les agents en situation de handicap :

  • Incapacité permanente d’au moins 50 %, ou RQTH reconnue avant le 01/01/2016 pour les périodes antérieures.
  • Justification du handicap au moment du départ.
  • Durée d’assurance cotisée suffisante, effectuée pendant les périodes reconnues handicap.

Exemple : un agent né le 15 septembre 1968, handicap ≥ 50 %, peut quitter à 55 ans (1ᵉʳ octobre 2023) s’il totalise 110 trimestres cotisés. Le nombre exact dépend de la génération et de l’âge visé.

Combien de trimestres faut-il ? Impact de la réforme 2023

Depuis le 1ᵉʳ septembre 2023, la durée d’assurance grimpe jusqu’à 172 trimestres pour les plus jeunes générations.

  • Départ avant 60 ans :
    • 168 trimestres jusqu’au 31/08/2023.
    • 169 trimestres entre le 01/09/2023 et fin 2024.
    • +1 trimestre par an pour arriver à 172 en 2027.
    • À partir de 2028 (générations 1965 et après) : 172 trimestres.
  • Départ à partir de 60 ans :
    • 169 trimestres – générations 1961-1962.
    • 170 trimestres – génération 1963.
    • 171 trimestres – génération 1964.
    • 172 trimestres – générations 1965 et suivantes.

En pratique, plus vous êtes jeune, plus il faudra viser 172 trimestres pour partir sans décote.

Comment savoir si vous êtes éligible ?

Pour déterminer votre date de départ :

  • Commencez par votre relevé de carrière (tous régimes) pour vérifier :
    • Trimestres cotisés.
    • Trimestres réputés cotisés.
  • Repérez les dispositifs qui vous concernent :
    • Carrière longue.
    • Invalidité, infirmité ou maladie incurable.
    • Parent de trois enfants ou d’un enfant handicapé.
    • Handicap (taux ≥ 50 %).
  • Testez un simulateur officiel pour affiner :
    • Âge de départ potentiel.
    • Nombre de trimestres manquants.
    • Décote éventuelle (hors cas sans décote).

En définitive, répondre à la question « pré-retraite : à quel âge ? » suppose de croiser votre parcours, votre santé, votre situation familiale et votre génération. En consultant vos relevés et les simulateurs, vous obtiendrez une estimation fiable de votre horizon de départ, avec l’assurance d’éviter, si possible, toute décote sur votre future pension.

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