Vous vous apprêtez à lever le pied en 2026 ? Entre la chute (parfois brutale) de vos revenus, les IJSS, le coup de pouce – ou non – de votre employeur et, en toile de fond, la prévoyance… il est facile de s’y perdre. Pas de stress : ce guide décortique, étape par étape, la mécanique des indemnités d’arrêt maladie (Sécurité sociale + employeur + prévoyance) et vous montre comment bâtir, en trois clics, votre propre simulateur pour anticiper votre salaire net durant l’absence.
À la clé ? La possibilité de vérifier vos droits, de comprendre enfin cette fameuse fiche de paie « version arrêt » et de découvrir comment coller au plus près – voire atteindre – les 100 % de votre rémunération, même si vous êtes concerné par une ALD ou un cancer.
1. Comprendre les bases : que couvre l’indemnisation d’un arrêt maladie ?
Définition et cadre légal de l’arrêt de travail
Un arrêt de travail pour raison de santé, c’est d’abord un document signé par votre médecin. Il atteste que, temporairement, vous ne pouvez pas exercer votre emploi. Dès qu’il est établi, il ouvre – sous réserve de respecter quelques critères – le droit aux fameuses indemnités journalières de Sécurité sociale (IJSS) et, parfois, à un complément de salaire versé par votre employeur ou votre prévoyance.
Pour que tout se passe sans accroc, vous devez :
- faire établir un certificat médical (papier ou dématérialisé) ;
- transmettre les deux volets à la CPAM et à votre employeur dans les 48 heures ;
- respecter les éventuels horaires de sortie fixés par le médecin ;
- vous abstenir de toute autre activité professionnelle, sauf autorisation expresse.
Indemnités journalières vs salaire : qui fait quoi ?
Pendant l’arrêt, votre bulletin de paie change de visage : certaines lignes se ferment, d’autres s’ouvrent. On distingue ainsi :
- Les IJSS : versées par l’Assurance Maladie, elles compensent une partie du salaire perdu.
- Le complément employeur : quand la loi ou votre convention l’impose, votre entreprise complète ces IJSS.
- La prévoyance : un contrat collectif ou individuel peut ajouter une couche supplémentaire d’indemnisation.
En clair, le calcul de votre revenu pendant l’arrêt revient à additionner ces trois étages, puis à retirer les cotisations sociales pour obtenir le net.
Qui fait quoi ? CPAM, employeur, assureur…
- CPAM / Sécurité sociale : elle détermine vos IJSS d’après votre salaire de référence, applique la carence et verse les indemnités (directement à vous ou à l’employeur en cas de subrogation).
- Employeur : il peut être tenu de compléter votre rémunération, gère la subrogation et applique les règles de la convention collective ou des accords maison.
- Organisme de prévoyance : il verse, selon les garanties souscrites, un complément en cas d’incapacité de travail ou d’invalidité.
2. Conditions d’éligibilité aux indemnités journalières de la Sécurité sociale
Ancienneté et cotisations : le ticket d’entrée
Avoir un arrêt en bonne et due forme ne suffit pas ; il faut aussi prouver un minimum d’activité ou de cotisations. Les seuils varient selon la durée prévue de l’arrêt.
Arrêt de 6 mois maximum :
- au moins 150 heures travaillées durant les 3 derniers mois (ou 90 jours),
ou - un salaire soumis à cotisations ≥ 1 015 × le SMIC horaire sur les 6 derniers mois.
Arrêt de plus de 6 mois :
- au moins 12 mois d’affiliation à l’Assurance Maladie à la date de l’arrêt ;
- et 600 heures travaillées durant les 12 derniers mois,
ou - un salaire soumis à cotisations ≥ 2 030 × le SMIC horaire sur la même période.
Vous ne cochez aucune case ? La CPAM ne versera pas d’IJSS. Reste alors la carte d’une prévoyance ou d’une assurance privée, si vous en détenez une.
Et si je suis en CDD, intérim… ou à mon compte ?
Salariés en CDD ou intérim
- Mêmes droits qu’en CDI, dès lors que vous respectez les conditions d’heures ou de cotisations.
- Les missions successives (intérim ou CDD) se cumulent si elles tombent dans la période de référence.
- L’employeur peut parfois être dispensé de complément de salaire (ancienneté, pièces manquantes, etc.). Un coup d’œil à la convention collective s’impose : elle est souvent plus généreuse.
Micro-entrepreneurs et indépendants
- Vous relevez de la CPAM ou de la Sécurité sociale des indépendants, selon le cas.
- Les seuils d’ouverture de droits sont spécifiques, et le taux d’indemnisation reste souvent plus modeste que pour les salariés.
- Résultat : une prévoyance individuelle devient vite un rempart indispensable.
ALD, cancer : quelles particularités ?
Une affection longue durée (ALD) – cancer, diabète compliqué, sclérose en plaques, etc. – est reconnue par la Sécurité sociale comme nécessitant un suivi lourd et prolongé.
Dans ce contexte :
- vous êtes exonéré du ticket modérateur pour les soins liés à l’ALD ;
- les IJSS peuvent courir jusqu’à 3 ans (arrêt de longue durée) ;
- le mode de calcul reste identique, seule la durée maximale change.
Côté employeur, les règles du complément de salaire demeurent celles du droit commun ou de votre convention collective. Certaines branches, notamment, renforcent la protection en cas de cancer.
3. Méthode de calcul des indemnités journalières (IJSS)
Salaire de référence et plafond 2026
Tout commence par le salaire journalier de base. On additionne vos trois derniers salaires bruts (primes régulières comprises), puis on plafonne le total à 1,8 SMIC mensuel ou au PMSS de l’année.
Formule classique :
- Salaire de référence = somme des 3 mois bruts précédant l’arrêt ;
- Salaire journalier de base = Salaire de référence / 91,25.
En 2025, l’IJSS maximale plafonnait à 53,31 € bruts par jour. Pour 2026, on attend une revalorisation légère (référez-vous au PMSS officiel dès sa publication). Au-delà, vos IJSS n’augmentent plus, même si votre rémunération était supérieure.
La formule « 50 % » en pratique
Une fois le salaire journalier déterminé :
- IJSS brute = 50 % de ce salaire journalier ;
- IJSS nette ≈ IJSS brute – CSG/CRDS (environ 6,7 % sur 98,25 % de l’indemnité, selon votre revenu).
Ces indemnités sont imposables (hors AT/MP). Elles seront logiquement pré-remplies sur votre prochaine déclaration.
Délai de carence : les fameux trois jours
Les trois premiers jours d’un arrêt « classique » ne sont pas couverts par la Sécurité sociale ; c’est le délai de carence.
- Maladie ordinaire : pas d’IJSS les 3 premiers jours ; paiement dès le 4ᵉ.
- Accident du travail ou maladie professionnelle : aucune carence, l’indemnisation commence dès le premier jour.
Certaines conventions balayent la carence pour le complément employeur. Un vrai coup de pouce sur la trésorerie.
Deux exemples chiffrés
Salarié à 2 400 € bruts mensuels
- Salaire de référence : 2 400 × 3 = 7 200 €.
- Salaire journalier de base ≈ 78,95 €.
- IJSS brute ≈ 39,48 €/jour.
- IJSS nette : autour de 36-37 €/jour.
- Sur un mois complet (30 jours) : 27 jours indemnisés → env. 1 066 € bruts.
Salarié au-delà du plafond
- IJSS limitée à ≈ 53 € bruts/jour (plafond 2025, à ajuster en 2026).
- Pour 27 jours : ≈ 1 430 € bruts.
Pas besoin de sortir la calculette pour voir que les IJSS seules ne suffisent pas. Pour viser 80, 90, voire 100 % du salaire, il faut activer la case complément employeur et, si possible, la prévoyance.
4. Complément employeur : comment approcher les 100 % ?
Ce que prévoit la loi (article L1226-1 du Code du travail)
Dès que vous totalisez un an d’ancienneté, votre employeur doit, sous conditions, mettre la main à la poche et compléter vos IJSS.
Pour en bénéficier, il faut :
- avoir 12 mois de présence dans l’entreprise au premier jour de l’arrêt ;
- respecter le délai de 48 h pour l’envoi du certificat ;
- remplir les conditions d’ouverture des IJSS ;
- recevoir vos soins en France ou dans l’UE/EEE (sauf cas particuliers).
Barème minimal fixé par la loi :
- Du 8ᵉ au 30ᵉ jour : 90 % de votre rémunération brute (IJSS incluses).
- Du 31ᵉ au 60ᵉ jour : 66,66 %.
Plus vous avez d’ancienneté, plus la durée d’indemnisation s’allonge : dix jours supplémentaires par tranche de 5 ans, avec un plafond de 90 jours pour chaque niveau.
À noter : il existe un délai de carence employeur de 7 jours, parfois supprimé par accord collectif.
Conventions collectives et accords maison : le bonus
Banque, assurances, Syntec, BTP, métallurgie… Certaines branches offrent un coussin bien plus moelleux que la loi. Au menu : maintien à 100 % du net dès le premier jour, carence supprimée, durée allongée, etc.
Pour savoir où vous en êtes :
- repérez l’IDCC ou le titre de votre convention sur vos bulletins ;
- consultez l’intranet, le CSE ou le service RH ;
- n’hésitez pas à demander un calcul détaillé à la paie.
La subrogation, côté coulisses de la fiche de paie
Avec la subrogation, la CPAM verse directement vos IJSS à l’employeur, qui vous paye ensuite le tout : plus simple pour vous, plus lisible sur le bulletin.
Comment cela se traduit-il ?
- ligne « IJSS brutes » (montant négatif) ;
- ligne « complément employeur maladie » (positif) ;
- parfois, « prévoyance – maintien de salaire » si l’assureur règle via l’entreprise.
En pratique, vous touchez une seule somme, sans jongler entre différents versements.
5. Les contrats de prévoyance : la dernière brique
Incapacité, invalidité : comment ça marche ?
La prévoyance, qu’elle soit collective ou individuelle, vient compléter le duo CPAM-employeur en cas :
- d’incapacité temporaire (arrêt maladie, accident) ;
- d’invalidité durable ;
- ou de décès.
Pour l’arrêt maladie, la garantie « incapacité » vise souvent à pousser le revenu total vers les 80 % à 100 % du salaire brut.
Combien, quand, jusqu’où ?
Chaque contrat a sa recette :
- Taux de maintien : 80 %, 90 %, 100 %… à additionner aux IJSS.
- Franchise : 30, 45, 60 ou 90 jours avant la première indemnité.
- Durée : souvent jusqu’à 1 088 jours d’IJSS, puis passage éventuel en invalidité.
Les cadres sont généralement couverts d’office ; pour les autres, tout dépend de la branche ou de l’accord d’entreprise.
Comment choisir (ou comprendre) son contrat ?
Prenez le temps d’examiner :
- le taux de couverture visé (80 ? 90 ? 100 % du net) ;
- la franchise, car plus elle est courte, plus la cotisation grimpe ;
- les exclusions (affections psychiques, sports extrêmes, etc.) ;
- la gestion des ALD ou du cancer ;
- la fiscalité des cotisations (exonération en collectif, déduction Madelin pour les indépendants…).
Souvenez-vous : c’est l’addition IJSS + employeur + prévoyance qui fait la différence.
6. Cas pratiques et simulateur de calcul 2026
Salarié cadre : un exemple concret
Profil : cadre en CDI depuis 5 ans, 3 500 € bruts mensuels. Sa convention collective, couplée à une prévoyance, garantit 100 % du net pendant 90 jours. Arrêt prévu : 60 jours.
1 – Les IJSS
- Salaires bruts des 3 derniers mois : 3 500 × 3 = 10 500 €.
- Salaire journalier de base : 10 500 / 91,25 ≈ 115,07 €.
- Plafond 2026 : on reste autour de 53-54 € / jour → IJSS brute ≈ 53 €.
2 – Complément employeur & prévoyance
Le duo employeur / assureur complète la différence pour que le net perçu colle quasiment à celui d’un mois travaillé. Au final, la perte se limite souvent à quelques euros de cotisations.
Salarié non-cadre au SMIC
Profil : 2 ans d’ancienneté, SMIC (≈ 1 766 € brut 2025, à ajuster). Convention limitée au minimum légal. Arrêt de 30 jours.
1 – IJSS
- Salaires bruts : 1 766 × 3 ≈ 5 298 €.
- Salaire journalier de base ≈ 58,05 €.
- IJSS brute ≈ 29,03 € / jour.
2 – Complément employeur
- Jours 1-3 : zéro.
- Jours 4-7 : uniquement les IJSS (~29 €/jour).
- Jours 8-30 : maintien à 90 % du brut, soit un complément employeur qui vient combler l’écart.
En bout de course, le salarié empoche entre 70 % et 85 % de son net habituel, suivant les charges et la mécanique de maintien.
Fabriquer votre simulateur « spécial 2026 »
Un tableur suffit. Voici la marche à suivre :
1. Rassemblez vos chiffres : 3 derniers salaires bruts, durée d’arrêt envisagée, règles de votre convention et de votre prévoyance.
2. Calculez les IJSS
- Salaire de référence = SOMME(A1:A3)
- Salaire journalier = Référence / 91,25
- IJSS/jour = MIN( Salaire journalier × 0,5 ; plafond_journalier_2026 )
- Jours payés = Durée d’arrêt – 3
- Total IJSS = IJSS/jour × Jours payés
3. Ajoutez le complément employeur selon le barème (90 %, 66,66 %, etc.) et retirez-y les IJSS déjà comptées. Pensez à intégrer, le cas échéant, la prestation de prévoyance.
4. Passez au net : appliquez un taux moyen de charges (22 – 25 % sur le complément et le salaire maintenu) et retranchez la CSG/CRDS sur les IJSS. Vous voilà avec une estimation solide.
7. Bonnes pratiques pour protéger vos revenus
Pensez prévoyance individuelle (spécial indépendants et salariés peu couverts)
Vous travaillez à votre compte ou votre convention laisse à désirer ? Une grippe sévère, un accident, et les finances flanchent. D’où l’intérêt de :
- contracter une prévoyance individuelle couvrant vos charges fixes ;
- choisir une franchise adaptée à votre trésorerie ;
- éplucher les exclusions pour éviter les mauvaises surprises.
Le réflexe bulletin de paie
Pendant l’arrêt, vérifiez :
- le montant des IJSS (salaire de référence et plafonds) ;
- le complément employeur promis par la convention ;
- la présence – ou non – de la subrogation ;
- l’écart entre votre net habituel et le net versé.
Un doute ? Contactez la paie, la CPAM ou votre assureur.
Reprise en douceur : le temps partiel thérapeutique
Après un long arrêt, surtout pour une ALD ou un cancer, le médecin peut proposer un temps partiel thérapeutique. Vous reprenez progressivement, gardez une partie de votre salaire et les IJSS (voire la prévoyance) compensent la différence. Un vrai filet de sécurité pour éviter la casse financière.
8. En résumé : calculer son salaire en arrêt maladie en 2026
Les étapes essentielles :
- Confirmer vos droits IJSS (heures, cotisations, type d’arrêt).
- Déterminer le salaire journalier de base à partir des 3 derniers salaires.
- Appliquer 50 % et enlever les 3 jours de carence pour obtenir les IJSS brutes.
- Ajouter le complément employeur selon ancienneté, loi et convention.
- Intégrer la prévoyance s’il y en a une.
- Déduire les charges (cotisations, CSG/CRDS) pour connaître votre net.
Le meilleur réflexe ? Monter votre simulateur maison. En deux minutes, vous saurez exactement à quoi vous attendre et, si besoin, vous aurez toutes les cartes pour renforcer votre protection financière.
Questions fréquentes sur le calcul des indemnités d’arrêt maladie
Comment est calculé le salaire en cas d’arrêt maladie ?
Le salaire en arrêt maladie est composé des indemnités journalières de la Sécurité sociale (IJSS), d’un éventuel complément de l’employeur et, parfois, d’une prévoyance. Ces montants sont calculés à partir du salaire brut de référence et soumis à des cotisations sociales.
Comment toucher 100 % de son salaire en arrêt maladie ?
Pour atteindre 100 % de votre salaire, combinez les IJSS, le complément employeur (si prévu par la loi ou votre convention collective) et une éventuelle prévoyance. Vérifiez vos garanties et conditions d’ancienneté pour maximiser vos droits.
Quelles sont les conditions pour recevoir les IJSS en arrêt maladie ?
Pour des IJSS, il faut avoir travaillé 150 heures sur les 3 derniers mois ou cotisé un montant équivalent à 1 015 fois le SMIC horaire. Pour un arrêt de plus de 6 mois, 12 mois d’affiliation et 600 heures travaillées sont requis.
Les salariés en CDD ou intérim ont-ils droit aux indemnités d’arrêt maladie ?
Oui, les salariés en CDD ou intérim bénéficient des mêmes droits que les CDI, à condition de remplir les critères d’heures travaillées ou de cotisations. Les périodes de missions successives peuvent être cumulées pour atteindre ces seuils.
Quelles sont les spécificités en cas d’arrêt maladie pour une ALD ou un cancer ?
En cas d’ALD ou de cancer, les IJSS peuvent être versées sans limite de durée, sous réserve de remplir les conditions d’affiliation. Les employeurs et prévoyances peuvent également prévoir des compléments spécifiques selon les garanties.