Arrêt maladie de plus de 3 mois : perte de salaire et indemnités

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By Nicolas Godet

Au-delà de trois mois d’arrêt maladie, votre fiche de paie ne ressemble plus à celle d’avant. Fin possible du complément de salaire côté employeur, indemnités journalières (IJ) qui n’augmentent plus quand les salaires progressent, démarches administratives à anticiper… La chute de revenus peut dépasser 40 %. Ce guide détaille, étape par étape, ce qui change après le 90e jour, les droits que vous conservez, les écueils à éviter et les solutions pour limiter la casse.

Pourquoi le cap des 3 mois change tout ?

Durant les trois premiers mois, deux sources de revenu se complètent : les IJ de la Sécurité sociale et, sous conditions, le maintien de salaire assuré par l’employeur. Passé ce délai :

  • l’employeur n’a plus d’obligation légale de compléter vos IJ, sauf accord de branche ou contrat de prévoyance ;
  • les IJ ne suivent plus les hausses générales de salaire (décret 2020) ;
  • vos revenus peuvent tomber à environ 50 % du salaire brut de référence.

Sans filet supplémentaire, le pouvoir d’achat s’effondre.

Le socle : l’indemnité journalière de la Sécurité sociale

La Sécurité sociale intervient dès le 4e jour d’arrêt (sauf exceptions) :

  • Montant : 50 % du salaire journalier de base, plafonné à 41,47 € bruts par jour en 2025.
  • Carence : 3 jours, supprimée en cas d’accident du travail, de maladie professionnelle ou d’affection longue durée (ALD).
  • Revalorisation : gelée à partir du 91e jour, même si l’entreprise augmente les salaires.
  • Durée maximale : 360 IJ sur 3 ans (ou 3 ans d’affilée pour une ALD).

Maintien de salaire par l’employeur : jusqu’où ?

L’article L.1226-1 du Code du travail impose un complément si :

  1. vous avez au moins un an d’ancienneté ;
  2. l’arrêt est transmis sous 48 h ;
  3. aucune sanction disciplinaire n’est en cours pour absence injustifiée.

Après une carence patronale de 7 jours, le barème de base s’applique :

  • 90 % du brut pendant 30 jours ;
  • 66,66 % les 30 jours suivants.

La durée totale (60 à 180 jours sur 12 mois) varie avec l’ancienneté. Mais au-delà de 90 jours, plus de garantie légale : tout dépend de votre convention collective ou de votre contrat de prévoyance.

Combien allez-vous réellement toucher après 90 jours ?

Exemple (source : Avocat Jalain) pour un salaire brut de 2 000 € :

Période Revenu net estimé Perte vs salaire net initial
Jours 1-30 ≈ 1 703 € (IJ + complément 90 %) – 15 %
Jours 31-60 ≈ 1 503 € (IJ + complément 66 %) – 25 %
À partir du 91e jour ≈ 840 € (IJ seules) – 45 %

En clair : le passage des 3 mois fait tomber le revenu net de 1 500-1 700 € à moins de 850 €.

Arrêt supérieur à 6 mois : quelles conditions et quels droits ?

Au-delà de 6 mois d’arrêt, de nouvelles règles s’ajoutent :

  • Accord du médecin-conseil de l’Assurance maladie obligatoire pour toute prolongation.
  • Avoir 12 mois d’affiliation et soit 600 h travaillées, soit un revenu soumis à cotisation équivalent à 2 030 SMIC horaires sur 12 mois.
  • En ALD, une seule carence de 3 jours sur 3 ans ; les IJ peuvent durer jusqu’à 3 ans.

Fin des IJ : pension d’invalidité ou reprise aménagée

Quand la limite des 3 ans d’IJ est atteinte (ou plus tôt si votre capacité de travail est jugée insuffisante) :

  • Pension d’invalidité : 30 % (cat. 1) à 50 % (cat. 2) du revenu moyen antérieur, cumulable avec un temps partiel.
  • Temps partiel thérapeutique : reprise progressive avec maintien partiel des IJ pour compenser la baisse de salaire.

Comment limiter la perte de salaire ? 5 leviers à explorer

  1. Convention collective : certaines (SYNTEC, Métallurgie…) portent le maintien à 100 % le 1er mois puis 80 % les deux suivants.
  2. Prévoyance d’entreprise : souvent obligatoire et financée au moins à 50 % par l’employeur ; elle peut garantir 70-100 % du net après 90 jours.
  3. Subrogation : l’employeur perçoit les IJ et vous verse un salaire lissé, évitant les à-coups de trésorerie.
  4. Prévoyance individuelle : utile si vous n’êtes pas couvert ou si votre salaire dépasse le plafond Sécurité sociale.
  5. Entretien de maintien dans l’emploi : possible dès 30 jours d’absence ; il peut déboucher sur un aménagement de poste ou une formation.

Tableau récapitulatif : revenu net projeté

Durée d’arrêt Scénario minimal (IJ seules) Complément légal Prévoyance 80 %
0-7 jours 0 € (carence Sécu) 0 € 0 €
8-30 jours ≈ 840 € ≈ 1 700 € ≈ 1 600 €
31-60 jours ≈ 840 € ≈ 1 500 € ≈ 1 600 €
91 jours et + ≈ 840 € ≈ 840 € ≈ 1 280 €

Checklist express avant le 90e jour

  • ✅ Relire votre convention collective et la notice de prévoyance.
  • ✅ Vérifier si l’employeur pratique la subrogation (sinon, prévoir une trésorerie tampon).
  • ✅ Prendre rendez-vous à la médecine du travail pour un éventuel temps partiel thérapeutique.
  • ✅ Mettre à jour votre dossier médical à destination du médecin-conseil (arrêt > 6 mois).
  • ✅ Simuler vos revenus avec et sans prévoyance.

FAQ éclair

Les primes variables et le 13e mois sont-ils maintenus ?

Non, sauf accord collectif ou usage. La loi ne les intègre pas dans le maintien de salaire obligatoire.

Puis-je cumuler pension d’invalidité et salaire ?

Oui, dans la limite de votre salaire antérieur ; au-delà, la pension peut être réduite.

Une ALD supprime-t-elle totalement la carence ?

Oui, après le premier arrêt. Un seul délai de carence de 3 jours est appliqué sur 3 ans.

En résumé : l’expression « arrêt maladie de plus de 3 mois perte de salaire » fait souvent peur. Connaître le fonctionnement des IJ, du complément employeur et des contrats de prévoyance permet de transformer ce passage obligé en étape financièrement maîtrisée.

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